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Accueillir une parole

Eliane Chastang
Octobre 2026

Caroline Doucet, psychanalyste, maître de conférences au département de psychanalyse de Paris 8 était l’invitée du CERPAS en ce mardi 24 mars 2026 autour de son ouvrage L’éthique du vivant en psychanalyse[1]. Elle nous met sur la voie de ce qu’est l’accueil de la parole pour un sujet.

« Ce qu’un sujet cherche avant tout dans la parole, c’est la réponse qui lui vient de l’Autre. Les raisons d’exister et le désir de vivre n’adviennent que par la parole et le lien transférentiel à l’Autre.[2] »
À une époque où les institutions et les politiques sont largement guidées par l’évaluation, C. Doucet est venue nous enseigner sur une clinique qui ne saurait se réduire à des protocoles, pas plus qu’une éthique ne peut se confondre avec l’application d’un code moral. Elle nous invite à penser une éthique qui soutient le désir et le mystère de l’existence du sujet, plutôt qu’un idéal de normalité soumis aux exigences d’un utilitarisme toujours plus féroce.

Elle nous a proposé une approche clinique sensible, précieuse et dense. À travers une réflexion sur la douleur de vivre, elle nous a conduits vers cette part obscure de chaque UN dans son rapport à la parole, au sentiment de la vie et à la place du praticien. Comment être présent, attentif à ce qui advient dans une rencontre, à ce qui surgit et échappe à toute tentative de maîtrise ? Comment laisser une place à l’inattendu, à l’énigmatique pour que quelque chose puisse éclore.
Dans cet espace de parole, peuvent alors se faire entendre les espoirs indicibles, les contradictions qui demeurent insolubles, le bruit du temps qui s’éloigne, le tumulte des pensées et aussi la poignante solitude du sujet. De ces entrelacs peut surgir un étonnement : celui d’être confronté, parfois dans toute sa dimension tragique, au sentiment de la vie. La rencontre analytique ouvre ainsi un espace où le praticien peut accueillir ce qui pour le sujet demeure encore sans mots et permettre que quelque chose de singulier advienne.

« Si la valeur d’une existence s’éprouve, la parole analytique est un lien par lequel chacun peut renouer avec son désir.[3] » La parole est portée par un corps parlant qui éprouve, désire, souffre. Dès lors comment chaque UN peut inventer une manière personnelle de vivre, voire de mourir et s’ouvrir un chemin là où parfois il se trouve arrêté par l’angoisse ?
« Le désir de vivre n’est pas d’évidence[4] » nous rappelle Caroline Doucet. Pour un sujet, qu’est-ce qui peut encore faire mouvement et donner une orientation à son existence ? – Le désir – Le désir comme ressort du sentiment de la vie. Même lorsque celui-ci vacille, offrir au sujet un espace où il peut trouver ses coordonnées.

Accueillir une parole, c’est accueillir un sujet jusqu’au bout de sa vie dans ce qu’il reste chez lui de vivant et de désirant pour lui permettre de l’habiter encore.

[1] Doucet C., L’éthique du vivant en psychanalyse, Paris, Presses universitaires de Vincennes, 2025.
[2] Ibid., p. 15.
[3] Site des Presses universitaires de Vincennes, Présentation de l’ouvrage de Doucet C., L’éthique du vivant en psychanalyse par l’éditeur. https://www.puv-editions.fr/ouvrage/lethique-du-vivant-en-psychanalyse/
[4] Doucet C., L’éthique du vivant en psychanalyse, op. cit., 4ème de couverture.