Marie Anne Falcon
Mars 2026
Lors de la soirée autour de l’ouvrage Vieillir. Études cliniques[1], notre invité Hervé Castanet[2] a partagé avec des membres du Réseau CERPAS une réflexion clinique qui a mis en lumière l’orientation lacanienne et son éthique des conséquences sur le corps vieillissant et le corps parlant, soit la clinique du parlêtre qui s’oriente du réel. Le discours analytique n’est pas un discours de domination, et pour cela il a besoin des autres discours. De ce fait, il permet d’inventer un autre lien social qui tient à distance la pulsion de mort.
Dans sa présentation du CERPAS, Claudine Valette-Damase[3] souligne cette orientation primordiale dans les réponses à apporter aux différentes personnes qui travaillent avec des sujets âgés. Jacques Lacan est passé de l’inconscient freudien structuré comme un langage articulé à la vérité au parlêtre qui implique le corps vivant articulé à la jouissance.
H. Castanet et C. Valette-Damase ont démontré en quoi la référence au dernier enseignement de Lacan introduit une perspective nouvelle spécialement en ce qui concerne les psychoses et le corps. C’est une clinique à inventer, qui n’est pas déjà là, une clinique sur mesure pour aborder la singularité de chacun ouvrant ainsi des voies nouvelles pour le traitement.
Pour en donner un exemple clinique, H. Castanet a évoqué son expérience sur le vieillir, grâce à la présentation de malade qu’il réalise dans un service de géronto-psychiatrie, en mettant en évidence la différence qu’est susceptible d’introduire la référence à la psychanalyse dans l’abord clinique du sujet qui souffre par rapport à un abord médical de la maladie mentale en psychiatrie. Il évoque un patient qui a déclenché une psychose tardive quand son corps ne pouvait plus répondre comme avant, du fait du vieillissement.
Quel que soit son âge, le sujet est toujours aux prises avec son inconscient et son désir. La question du désir vient transformer le vieillir, car il vient court-circuiter l’identification à la vieillesse. Lacan indique de « ne pas céder sur son désir » et Jacques-Alain Miller que « le désir c’est la santé » en permettant que ce désir souvent défendu et masqué par des tabous sociaux puisse être exprimé. Chaque manifestation du désir représente un gain de vie, vivre c’est vieillir.
[1] Castanet H. (s/dir), Vieillir. Études cliniques, Paris, L’Avenir dure longtemps, 2024.
[2] Hervé Castanet est psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP, professeur des universités.
[3] Claudine Valette-Damase est psychanalyste, présidente du Réseau CERPAS.