Marie Leblanc
Janvier 2026
Hervé Castanet introduit son ouvrage Vieillir. Études cliniques[1] en posant la question de savoir si la personne âgée peut être autonomisée à l’intérieur du champ analytique. Pour y répondre, il propose que la clinique du vieillir soit une clinique du sujet en tant qu’il n’a pas d’âge, en y ajoutant la question du corps vivant.
Avec la question du corps, comme nous l’indique H. Castanet, nous touchons au point le plus vif de quelque chose qui va nous permettre d’avancer dans cette clinique du vieillir. Nous connaissons tous la formule freudienne, l’inconscient ne connaît pas le temps[2], ce qui a pour conséquence en doctrine de dire que le sujet n’a pas d’âge. Ce n’est pas l’hypothèse de la médecine gérontologique, ni de la psychiatrie, pour lesquelles il existe une spécificité de la maladie des personnes âgées.
Nous pourrions dire alors, qu’interroger la question du vieillir dans notre champ, serait de ce fait un hors sujet. Néanmoins, dire que le sujet n’a pas d’âge est une thèse extrême.
La fin de l’enseignement de Lacan introduit d’autres outils qui vont non pas infirmer mais compléter la définition du sujet. Il s’agit de réintroduire le corps, autrement que le corps imaginaire, le corps au miroir, autrement que le corps symbolique c’est à dire le corps marqué par le signifiant.
Si nous articulons le corps, la pulsion, le désir, la jouissance, en les ajoutant au sujet divisé, nous obtenons le parlêtre, ce néologisme inventé par Lacan. En se fondant sur une clinique du parlêtre, c’est à dire le sujet plus la pulsion, le signifiant plus le corps dans sa dimension réelle, qui n’est pas la réalité concrète de l’organisme, nous avons des outils pour penser le vieillir.
Hervé Castanet précise que la fin de l’enseignement de Lacan permet d’envisager une prise en compte modeste mais sérieuse des conséquences de la clinique auprès des personnes avancées en âge. Le concept de sujet y est maintenu mais il faut le coupler avec la jouissance, celle qui déborde toujours le sujet, celle qui a le dernier mot, celle qui n’est pas réductible à la logique signifiante.
Il fait de la question sur le corps vivant, le corps du désir, un paradigme nécessaire et éthique pour une étude clinique du vieillir. Nier le corps vivant, donc le corps désirant, donc le corps érotisé malgré l’âge, est une façon de participer à une entreprise de mortification. Un sujet n’est pas qu’une pensée, il a aussi un corps. Et ce corps ne doit pas seulement être un corps pour la médecine mais un corps vivant pour le désir.
[1] Castanet H. (s/dir), Vieillir. Études cliniques, Paris, L’Avenir dure longtemps, 2024, p. 63.
[2] Freud S., « L’inconscient », Métapsychologie, Paris, Gallimard, 1968, p. 96.