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Penser le « vieillir »

Virginie Marcel
Janvier 2026

Hervé Castanet introduit son propos par l’abord du corps selon l’enseignement de Jacques Lacan.
« Parler du vieillir, c’est parler du corps, chaque praticien l’expérimente dans la clinique avec les personnes âgées. La façon dont la psychanalyse le saisit permet de faire un pas dans cette clinique. »
Le titre de l’ouvrage Vieillir avec comme sous-titre Études cliniques indique, dans la clinique, une prise en compte sérieuse de ce quelque chose qui déborde le sujet, qui n’est pas réductible à la logique du signifiant, « la pulsion sans loi, la jouissance ».

Le sujet lacanien
« Interroger la question du vieillir en utilisant ce verbe à l’infinitif, c’est l’interroger de la façon la plus neutre possible en ne naturalisant pas le sujet ». Freud dit à propos de l’inconscient qu’il ne connaît pas le temps, qu’il n’est pas ordonné par la succession temporelle : d’un côté le sujet divisé ne coïncide pas avec son être tandis que le moi lui donne l’illusion qu’il pourrait constituer une entité. Le sujet lacanien n’est ni la personne ni l’individu, « il est représenté par un signifiant pour un autre signifiant » selon le célèbre aphorisme de Lacan, sujet divisé qui s’écrit : S barré, dont la barre est l’élément crucial. Cette division, épreuve douloureuse de l’être parlant, l’analyse permet, non pas de la sublimer mais de savoir y faire avec et obtenir ainsi une satisfaction.

Pour une clinique du vieillir
À la fin de son enseignement, Lacan introduit de nouveaux outils dont une autre considération du corps, déterminante pour une approche du vieillir autre que celle proposée par le sociologue, l’économiste, l’historien…
Ce corps pour penser le vieillir, c’est le corps au-delà du corps imaginaire avec « ses effets de condensation de libido et de constitution d’objets narcissiques », au-delà du corps symbolique frappé par le signifiant. Ce corps réel qui n’a rien en commun avec l’organisme, Lacan le nomme parlêtre.

Dans l’ouvrage, Hervé Castanet relate le cas d’un sujet reçu par l’analyste en présentation de malade dans un service de gérontopsychiatrie. Il s’agit d’un monsieur qui avait eu une vie parfaitement tenue. Mais à 83 ans, quelque chose s’effondre et il se retrouve pour la première fois à l’hôpital psychiatrique. La question qui se pose et se cristallise alors dans la rencontre avec ce monsieur est : comment se fait-il que sa vie se brise à cet âge-là ? Que s’est-il passé ? Comment peut-il en rendre compte ? 
Il dit que « faire du sport en club » lui a toujours permis de tenir. Il a pu grâce au dispositif de la présentation de malade, donner les coordonnées du déclenchement de sa psychose par une déphallicisation du corps dans sa matérialité.

Dans les établissements, les EHPAD où la parole passe le plus souvent à la trappe, les professionnels peuvent rencontrer avec l’appui de la clinique analytique, le parlêtre dans sa logique tentant de trouver un équilibre entre la jouissance du corps et la garantie d’une place pour le sujet.