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Édito #4

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Claudine Valette-Damase
Octobre 2026

Chère lectrice, cher lecteur,
Les textes de ce numéro interrogent le rapport au vivant chez l’être parlant mettant en exergue la relation que l’homme entretient avec la vie et avec la mort, relation toujours ambivalente, entre se savoir mortel et se croire immortel.
Dans ces temps d’inquiétude où chaque sujet est confronté à la déshumanisation au profit du chiffre, pour la première fois dans le droit français, une loi relative à l’aide à mourir a été votée le 18 août dernier. Elle institue le suicide assisté pour les malades majeurs condamnés par une affection grave et qui en ont exprimé la demande, sous certaines conditions. Les débats qui ont précédé le vote de la loi ne nous invitent-ils pas à revenir sur la délicate question existentielle de la vie et de la mort ? Ce droit consiste à autoriser et à accompagner ce malade à recourir à un produit létal qu’il devra s’administrer lui-même. Le suicide assisté est donc la règle et l’administration par un soignant en cas d’incapacité physique du malade, l’exception.

Dans sa recherche et sa découverte de l’inconscient, Freud a révélé l’irreprésentabilité de la mort[1] et Lacan, lui, a indiqué que celle-ci est « un acte de foi[2] ». Aussi la mort ne peut trouver d’issue ni dans la maîtrise ni dans la loi qui n’ont rien en commun avec le désir de vivre.
Comment l’homme a-t-il composé avec cet inéluctable de la vie dont la condition est la mort ? Comment à notre époque est-il possible d’ouvrir un espace à l’expression de l’angoisse devant cette insupportable finitude pour que le lien social perdure ?

La lecture des trois textes met en lumière cet enseignement de la psychanalyse, véritable enjeu de civilisation : ce quelque chose qui échappe à l’universel de la loi des hommes, cette part de mystère qui fait la singularité de chaque être parlant. Le témoignage de la pratique en soins palliatifs de Florence Smaniotto, les textes d’Eliane Chastang et d’Elsie Numan qui font résonner la teneur de la conversation de la soirée-rencontre avec notre invitée Caroline Doucet à partir de son livre L’éthique du vivant en psychanalyse[3] éclairent de la meilleure façon cette question.
Les photos des quatre œuvres vibrantes de couleurs de l’artiste Marie-Jo Page[4], qui illustrent le numéro, redoublent le vif des propos.
Bonne lecture

[1] Freud S., « Notre attitude à l’égard de la mort », Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2001.
[2] Lacan J., « Conférence de Louvain », texte établi par J.-A. Miller, La Cause du désir, n°96, 2017, p. 7-30.
[3] Doucet C., L’éthique du vivant en psychanalyse, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, 2025.
[4] Page M.-J., artiste peintre et plasticienne.